Villes fantômes et conserveries : Un voyage le long du fleuve Skeena

Si vous prenez le train de Smithers à Prince Rupert, dans le Nord-Ouest de la Colombie-Britannique, vous aurez droit en prime à un voyage dans le temps. Presque tout le long du trajet, vous longerez le majestueux fleuve Skeena, qui se jette dans l’océan et qui était, pendant des siècles, la principale voie utilisée pour les déplacements et le commerce. Le train passe devant des panneaux isolés annonçant des localités et souvent des industries entières qui ont presque entièrement été englouties par la forêt et la mer.

Les deux facettes d’Hazelton

Le pont Hagwilget, qui a une seule voie et enjambe un canyon de 80 mètres, a été construit en 1930. Avant cela, les Premières Nations de la région utilisaient une construction suspendue, faite de bois et de corde en écorce de cèdre. Crédit: Frances Riley

À deux heures à l’ouest de Smithers, le train s’arrête dans un petit village nommé New Hazelton, tout près de la jonction entre la rivière Bulkley et le fleuve Skeena. Dans les années 1890, on ne se rendait pas dans ce coin de pays en train, mais bien en bateau à roues à aubes. Old Hazelton, situé au bord de l’eau non loin de là, était donc le carrefour principal des environs. Les choses ont changé en 1911, avec la construction du chemin de fer de la Grand Trunk Pacific Railway Company. Les disputes entre le gouvernement provincial, la société ferroviaire et les spéculateurs du secteur privé au sujet du tracé de la voie ferrée ont mené à la création d’autres villages.

On a beau avoir choisi de construire la gare de train à New Hazelton, c’est le centre-ville historique d’Old Hazelton* qui a le plus de cachet, avec ses bâtiments rappelant l’époque des pionniers et sa petite église anglicane* des années 1880. À quelques minutes de là se trouve le ‘Ksan* Historical Village de la Première Nation Gitxsan, un site patrimonial spectaculaire où sont aménagés des totems et des maisons longues là où la rivière Bulkley se jette dans le Skeena. Ne manquez pas non plus le vertigineux pont Hagwilget*, suspendu au-dessus d’un canyon.

De village minier à refuge pour deux

Datant de 1920, ce bâtiment de Dorreen à l’allure classique de l’époque des pionniers, servait de magasin, de bureau de poste, de bureau de télégraphe et de centre d’archives pour les mines. Crédit: Frances Riley

Après Hazelton, le train longe la rive sud du fleuve Skeena puis le traverse vers le nord juste avant le village Gitsegukla de la première Nation Gitxsan. Des archéologues y ont trouvé des vestiges de villages de plus de 6 000 ans, cependant, d’après les récits oraux locaux le lieu serait habité depuis quelques milliers d’années de plus. Le train passe ensuite un autre village, celui de Gitwangak (parfois appelé Kitwanga). Ouvrez l’œil : vous apercevrez entre les maisons plus de 50 totems, dont certains ont plus de cent ans. Ce village a d’ailleurs reçu en 1912 la célèbre visite d’Emily Carr, qui souhaitait peindre* ces totems.

À environ 90 kilomètres à l’ouest de Hazelton se trouve Dorreen*, l’un des derniers établissements de pionniers dans le Nord, seulement accessible par train. Jadis, avant les années 1930, Dorreen était un village fourmillant, propulsé par la petite mine d’or des environs et l’industrie saisonnière du bois d’œuvre. Mais aujourd’hui, bien qu’il y ait encore une gare officielle à Dorreen, on ne voit plus que le magasin général et le bureau du télégraphe de l’époque du côté sud de la voie ferrée. L’endroit est seulement habité par un ou deux résidents à temps plein toute l’année, et le train ne s’y arrête que si l’un d’eux veut monter à bord ou descendre.

Une gare relocalisée

On comptait des dizaines de conserveries de saumon au début du XXe siècle; la plupart d’entre elles sont maintenant réduites à des pilotis près de la rive. Crédit: Frances Riley

Après la ville de Terrace, soit environ à mi-chemin de votre voyage, le fleuve Skeena s’élargit, et on commence à voir des marées, influencées par l’océan Pacifique. À certains moments de la journée, des vasières peuplées d’oiseaux migrateurs se dirigent vers l’eau. Par la fenêtre, vous verrez des rangées de pilotis en bois pourri, vestiges de stations et de camps de travail disparus depuis longtemps. À Kwinitsa*, à quelque 80 kilomètres de Prince Rupert, il y avait autrefois une gare du CN et une maison de contremaître à côté de la voie ferrée; c’était l’un des 10 arrêts entre Prince Rupert et Terrace dans les premières années du chemin de fer. En 1985, la ville de Prince Rupert a décidé de préserver la petite gare, qui est aujourd’hui un musée : elle a hissé le bâtiment sur une péniche et l’a transporté* sur le Skeena jusqu’à son emplacement actuel dans le Rotary Waterfront Park.

La gare de Kwinitsa est un exemple typique des petites gares qui ponctuaient le fleuve Skeena jusqu’à la fin des années 1970. Celle-ci a été transportée à Prince Rupert sur une péniche, où elle est maintenant un musée. Crédit: Frances Riley

Quelques kilomètres plus loin, juste avant le viaduc Tyee, le train ralentit afin de permettre aux passagers d’admirer des pictogrammes* peints par le peuple Tsimshian sur les parois rocheuses près de la voie ferrée. Ces dessins ont été découverts en 1925 par un archéologue qui passait par là en train. On ignore aujourd’hui leur sens précis, mais ils revêtaient assurément un certain symbolisme pour leurs créateurs.

De 26 à 2 : Des conserveries restaurées dans le bas du fleuve Skeena

À partir des années 1880, le secteur du fleuve Skeena grouillait d’activité. Les conserveries de saumon poussaient alors comme des champignons dans une forêt après la pluie. Vu que ces usines étaientisolées, elles devaient être autosuffisantes. On y avait donc construit des charpenteries de marine, des dortoirs et des magasins, amassés au bord de l’eau et reliés par une promenade. Pendant que le train poursuit son trajet en suivant la courbe naturelle du relief, en direction du passage Inverness, vous verrez encore d’autres vieux pilotis et d’anciennes machines. C’est souvent tout ce qu’il reste de ces conserveries, à deux grandes exceptions près.

Construite en 1889, la conserverie North Pacific est aujourd’hui un lieu historique national avec option d’hébergement sur place et un musée offrant des visites guidées et des expositions. Crédit: Destination BC/Grant Harder

La conserverie Cassiar* a exercé ses activités de 1903 jusqu’au milieu des années 1980, traitant le poisson et l’expédiant vers le sud pour la vente. Elle a depuis changé de mains, et les nouveaux propriétaires ont, au début de 2006, restauré les bâtiments patrimoniaux restants. Vous pouvez d’ailleurs demander d’avance que le train s’y arrête afin de séjourner quelques nuits dans l’un des gîtes touristiques au nom thématique (Coho, Halibut, Sockeye, etc.) Si vous poursuivez le trajet en train, vous verrez un peu plus loin, la conserverie North Pacific*, qui existe depuis 130 ans et qui est maintenant un lieu historique national du Canada. Aujourd’hui, on peut y faire des visites guidées et dormir sur place dans des dortoirs rénovés.

Bien des choses ont changé depuis l’entrée en service du chemin de fer – il y a plus d’un siècle – le long du fleuve Skeena. Des industries autrefois florissantes ont sombré dans l’oubli, entraînant la disparition de communautés entières. On peut cependant encore voir des vestiges de la vie d’antan au bord de cette voie ferrée, ce qui enrichit le voyage et rend ce trajet en train tout à fait unique au monde.

Image d’en-tête: conserverie North Pacific. Crédit: Northern BC Tourism/Mike Seehagel

*Sites en anglais seulement

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