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Un séjour à Guelph

« Guelph, est-ce que ça te tente? », ai-je demandé à mon fils dans la vingtaine. Au cœur de l’hiver, nous avions envie de fuir le brouhaha de la grande ville. Et Guelph, qui n’est qu’à une heure de train de Toronto, semblait tout indiquée pour une excursion d’un jour, puisque ni lui ni moi n’y étions déjà allés. Dernièrement, j’ai le goût de découvrir les trésors cachés des environs, comme Chatham et Kitchener. J’ai donc tout de suite pensé à Guelph.

Nous arrivons à midi, par un jour pluvieux de février, à la gare de train historique de Guelph. Nous nous rendons à l’ancien hôtel de ville pour rencontrer Lynn Broughton de Taste Detours*, qui nous emmènera découvrir pendant trois heures les restaurants et les attraits de la ville. Nous l’apercevons tout de suite, tenant deux tasses de chocolat chaud et des viennoiseries de chez Eric the Baker*. Mon fils y goûte : « Je pensais être trop vieux pour aimer le chocolat chaud, mais il faut croire que je me trompais. » La journée commence bien.

Saveurs d’Europe

Lynn nous donne une leçon d’histoire devant la statue de John Galt*, le fondateur écossais de Guelph. Il est venu au pays en 1827 pour construire un centre agricole et commercial aux allures européennes. Et Guelph rappelle effectivement le Vieux Continent. Le centre-ville compte beaucoup d’édifices bas en calcaire comme il s’en faisait à l’époque, de vieilles églises ainsi qu’une place de marché située au pied d’une majestueuse basilique*.

L'interieur de la basilique Of Our Lady (© Visit Guelph)
L’interieur de la basilique Of Our Lady (© Visit Guelph)

Et comme toute ville de style européen, Guelph a des tavernes locales et une histoire truffée de prétendus scandales. En face de l’église, il y a le vieil hôtel Albion*, qui a obtenu le deuxième permis d’alcool d’Ontario en 1856. Ce bar est encore populaire de nos jours. Durant la prohibition, on a creusé des tunnels (aujourd’hui condamnés) entre l’hôtel et l’église pour transporter de l’alcool jusqu’aux camions de contrebandiers stationnés derrière l’église. Les prêtres les empruntaient aussi pour aller boire en secret à l’hôtel. Le mafioso Al Capone était un habitué de l’endroit. L’amoureuse qu’il a abandonnée s’est d’ailleurs pendue à l’étage supérieur; selon la légende locale, elle hanterait toujours les lieux.

Parcours épicurien à Guelph

Notre festin mobile avec Lynn commence chez Atmosphere Café où on nous sert une pizza à croûte mince généreusement garnie de fromage de chèvre, d’amandes, de canneberges et d’une poignée d’épinards. L’une des propriétaires, Nicole, me raconte qu’il y a 14 ans, à l’ouverture de ce restaurant dans un édifice historique aux murs de brique exposés, les restaurants de la ville étaient surtout fréquentés par des étudiants de l’Université de Guelph. Comme nous avons pu le constater durant notre visite, à notre grand bonheur, Guelph satisfait aujourd’hui les plus fins palais.

Prochain arrêt : le modeste Guelph Caribbean Cuisine*, où nous nous régalons des saveurs complexes de la nourriture de rue trinidadienne. Lorenza et Lochan, partenaires dans la vie et en affaires, nous proposent des « doubles », soit deux morceaux de bara frits et farcis de ragoût de pois chiche. Je trempe le mien dans une sauce au chardon béni (une herbe ressemblant à la coriandre) fraîchement rapportée de Trinité par la mère de Lochan. Délicieux et ô combien réconfortant!

Des gâteaux gallois et des patates douces rôties au pili-pili chez Miijidaa (© Taste Detours)
Des gâteaux gallois et des patates douces rôties au pili-pili chez Miijidaa (© Taste Detours)

Chez Miijidaa*, chaque plat raconte une histoire qui rend honneur aux Premières Nations et aux premiers colons en n’utilisant que des ingrédients cultivés au Canada (miijidaa signifie « mangeons » en ojibwa). Vous ne trouverez pas d’huile d’olive, de citron ou d’avocat ici! Mon fils végétarien dévore ses patates douces rôties au pili-pili (une épice introduite au pays par des Portugais) pendant que j’étends du beurre et des confitures maison sur mes gâteaux gallois. J’imagine les ménagères du XIXe siècle glisser ces petites galettes dans la poche de leur mari qui s’en va travailler à la mine.

Nous passons ensuite par Refresh Juice*, où nous buvons un délicieux jus au goût prononcé de gingembre censé faciliter la digestion. Ça tombe bien! Notre dernière adresse est Wellington Cakes*. Il nous reste juste assez de place pour savourer un macaron violet à la lavande.

Magasinage et œuvres d’art

Des vêtements concus par des designers canadiens au magasin Kennedy Park (© Visit Guelph)
Des vêtements concus par des designers canadiens au magasin Kennedy Park (© Visit Guelph)

 Nous disons au revoir à Lynn et nous rendons à la galerie d’art* de l’Université de Guelph, non loin de là. Cette école rénovée datant du début des années 1900 vaut le détour : on y trouve de l’art autochtone contemporain, et il y a un parc de sculptures* sur le terrain adjacent. Je trouve particulièrement intrigante l’œuvre Sculpture Park*de Kim Adams, une interprétation ludique et à plusieurs niveaux du « studio de rêve » de l’artiste.

Nous revenons tranquillement au centre-ville. Mon fils s’arrête pour un café au Red Brick Café* alors que j’explore les boutiques de la rue Quebec, lorgnant les vêtements et les bijoux canadiens de Kennedy Park* et de Pretty Chic*. Je décide de me gâter avec plusieurs savons parfumés de chez The Truth Beauty Company*.

Nous nous sommes donné rendez-vous chez Bookshelf*, où une grande murale rétro du célèbre dessinateur Seth*, originaire de Guelph, annonce l’esprit indépendant de cet établissement parmi les plus vieux de la ville. Mon fils file vers les rayons de philosophie, tandis que je jette un coup d’œil à des ouvrages moins sérieux.

La grande murale par dessinateur Seth dehors du magasin Bookshelf
La grande murale par dessinateur Seth dehors du magasin Bookshelf

Souper et retour à la maison

Même si nous n’avons plus faim après notre fol après-midi épicurien, nous voulons absolument manger chez Bin23*. Le propriétaire, Gus, nous accueille comme si nous étions des membres de sa famille qu’il n’avait pas vus depuis longtemps. Il nous mène à une table tranquille au fond du bistro étroit à l’éclairage tamisé. Nos plats principaux – pétoncles et truite – sont aussi exquis qu’ils en ont l’air. Nous n’avons pas arrêté de nous faire plaisir depuis ce matin, alors pourquoi ne pas continuer? Garçon! Une crème brûlée à l’anis étoilé et à la vanille pour dessert!

En fin de soirée, nous traversons la rue pour revenir à la gare. Cette brève excursion nous a donné le goût de revenir. Nous aurons ainsi l’occasion de brûler des calories en explorant les sentiers et jardins bordés d’arbres dans l’arboretum*de l’université, les sentiers près du pont couvert* construit dans le style des années 1880 à la jonction des rivières Speed et Eramosa, ou encore les marchés* . Tout ça en faisant, bien sûr, de savoureux détours.

* sites en anglais seulement

Image principale: Taste Detours

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